Catégories
Non classé

Le territoire du Comtat Venaissin

Le territoire et les « frontières » du Comtat Venaissin ont été mouvantes au cours de l’histoire et il est possible de retenir plusieurs définitions géographiques. Vous trouverez ci-dessous l’ensemble des représentations possibles du territoire du Comtat Venaissin, ainsi que la vision du Collectiu Comtadin du Comtat Venaissin.

Aux origines du Comtat Venaissin, le marquisat de Provence

La singularité du Comtat Venaissin par rapport à la Provence voisine tient son origine dans le fait que les terres du marquisat de Provence étaient possession du Comte du Toulouse contrairement à la Provence.

Carte du marquisat de Provence en 1125

Le Comtat Venaissin est donc territorialement héritier de cette formation géographique qui a connu de nombreuses évolutions.

Les évolutions géographiques temporelles du Comtat Venaissin

Hommages et serments de fidélité à l’Église romaine en 1274 (Theis, 2016)
Carte du Comtat Venaissin vers 1575, d’après Ortelius
Carte du Comtat Venaissin vers 1650, d’après Clauseau
Carte du Comtat Venaissin vers 1745, d’après Anville

Les limites disputées du Comtat Venaissin sont très bien étudiée par Henri Dubled, ancien conservateur de la Bibliothèque Inguimbertine à Carpentras, nous présentant les différentes facettes de ce territoire.

A l’Ouest et au Sud

Une seule frontière n’a pas donné lieu à des contestations violentes, c’est à l’Ouest, le Rhône, bien que la Royauté française, à coups de procès et de chicanes, concernant essentiellement Avignon, ait cherché et soit parvenue, avec le temps, à étendre ses droits jusqu’à la rive papale. Au Sud, cette frontière s’est établie sur le cours de la Durance, mais non sans avatars parfois sérieux.

Le problème international posé par la Durance est issu du partage, par raison d’héritage et dont nous reparlerons, en 1125, de la Provence en deux Etats, partage qui fit cesser l’indivision. Le premier échut aux comtes de Toulouse et allait de la Durance à l’Isère, le second fut le lot des comtes de Barcelone de la Durance à la mer. Mais, faute d’avoir un règlement international comme celui de 1816 qui fait de chaque Etat riverain le propriétaire exclusif de sa rive et de la moitié du cours du fleuve, la limite passant au milieu du thalweg, il fallut remonter, lorsque les contestations s’envenimèrent, au XVIème siècle, jusqu’à 1125. L’on hésita alors sur le sens de la préposition ab. A qui attribuait-elle le cours et les rives ? Les documents les accordent aux Toulousains dès 1094, puis en 1171 et 1178, puis au Saint-Siège, successeur des comtes de Toulouse, dont les pouvoirs débordent largement sur la rive gauche de la Durance, et qui légifère à propos des villages d’Orgon, Cabannes, Rognonas, Noves, Châteaurenard et Barbentane. La guerre d’usure commença en 1274 avec les prétentions de Philippe-le-Hardi, se disant successeur d’Alphonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse, son épouse, mais, de 1348, date du traité de cession par Jeanne de Sicile, d’Aragon et de Provence au pape Clément VI, d’Avignon et de son territoire, jusqu’au milieu du XVème siècle, les Souverains pontifes ont joui de leurs droits sans opposition, malgré une alerte en 1400. Les contestations commencent avec le roi René, comte de Provence, le 24 mai 1451, et les voies de fait de la part des habitants de Provence, encouragés en sous-main par les officiers du roi de France, devenu comte de Provence, contre les Avignonnais, se multiplient. En 1500, une réunion assemble des commissaires des deux gouvernements, et, contre la masse des documents produits par les Pontificaux, les officiers du roi ne peuvent qu’ergoter sur des points de détail. L’affaire en reste donc là lorsque, en 1505, le pape Jules ilI, pour rétablir la paix, abandonne de façon réfléchie une partie de ses droits. Le roi prend ainsi pied dans les îles et iscles (îles rattachées à la terre) de la Durance et, malgré un condominium, exerce une justice exclusive sur les localités de la rive gauche. Mais des contestations à propos des pallières ou digues de retenue des eaux provoquent des heurts entre les populations des deux rives et conduisent au Concordat du 30 avril 1623 qui sanctionne la reculade définitive du Saint Siège et fait de la Durance ce qu’elle n’était pas jusqu’alors, une frontière.

Au Nord

Les autres limites sont aussi le résultat des rivalités entre princes, en l’occurence les comtes de Provence et les dauphins du Viennois, auxquels succèdèrent les rois de France, et les papes qui emboîtèrent le pas, dans ce domaine, à leurs prédécesseurs, les comtes de Toulouse. Les frontières sont donc très sinueuses et se trouvent être les lignes ou les zones de partage provenant de l’équilibre des forces en présence, certaines localités ayant d’ailleurs été très disputées. On retrouve aujourd’hui le témoignage de ces luttes dans les frontières séparant, à leur jonction, le Vaucluse de la Drôme, des Alpes de Haute-Provence et des Hautes Alpes. Au Nord, les Papes ne renoncèrent que très tardivement, devant la pression de la Royauté française, à revendiquer tout le pays jusqu’à l’Isère, donc ce qui avait été accordé à Raymond V de Toulouse par le partage de 1125 et dont une soixantaine de villes, villages et châteaux étaient passés, par la force, suite à l’affaiblissement de l’Etat toulousain, dans l’obédience des dauphins du Viennois. Mais la fixation de la frontière nord est liée aussi à celle de la frontière est et sud-est, le problème n’ayant été qu’insuffisamment réglé en 1195 lors du traité entre Raymond VI de Toulouse et Guillaume IV de Forcalquier conduisant à la constitution définitive de ce comté. La disparition du comté de Forcalquier par extinction de la famille et son incorporation dans le comté de Provence ne modifièrent pas les données du problème, mais elles poussèrent les comtes de Provence de la maison d’Anjou à tenter de reconstituer, à leur profit, la grande Provence, l’ancien royaume de Louis l’Aveugle. C’est donc à une lutte à trois qu’est dû le tracé de ces frontières du Comtat Venaissin : Papauté, succédant à Toulouse, Provence, succédant aussi à Forcalquier et Viennois, en tenant compte qu’il est impossible, à cette époque, de figurer les aires de souveraineté par des frontières nettes et des teintes différentes. Car il s’agit, en fait, d’un conglomérat de droits divers et de biens dans une localité, une part de localité ou un groupe de localités, se juxtaposant ou se superposant. C’est qu’en effet, pour compliquer une tâche déjà délicate, il peut y avoir superposition de droits ou partage des droits et des revenus, sans compter naturellement les nombreuses inféodations. Alors, il est vrai, il n’y avait pas de frontières nette entre le droit public et le droit privé. Les notions encore en cours de droit romain n’étaient pas toujours comprises, sauf peut-être par certains juristes pontificaux, mais avec un mélange de droit canon, et se trouvaient battues en brèche par la coutume qui inspirait tout le droit féodal. En 1253, les possessions du comte de Toulouse empiétaient au nord fortement le long du Rhône sur l’actuel département de la Drôme puisque, partant de Barri et de Chabrières, elles comprenaient Saint-Paul-Trois-Châteaux, Pierrelatte, la Garde-Adhémar, Valaurie, Roussas, Châteauneuf-du-Rhône, Le Dalmansec, Montélimar, la localité la plus septentrionale étant Savasse. Lors de la prestation de serment, à la prise de possession de 1274, sont mentionnées ces localités, plus Rac, près de Châteauneuf et Montpensier. Les papes, reprenant à leur compte la politique des comtes de Toulouse, purent faire quelques acquisitions sur les dauphins du Viennois, toujours à court d’argent. En outre, dans la zone entre Ouvèze et Eygues et plus au Nord, ils héritent des biens des Templiers, passés aux Hospitaliers, puis donnés par eux le 11 juin 1317 à l’Eglise romaine, avec ratification le 25 novembre 1320, soit les châteaux et localités de Cairanne, Buisson, le reste de Montaigu, une part de Valréas, la commanderie de Richerenches, Solérieux, Bourbouton et des biens et droits à Saint Paul-Trois-Châteaux, Pierrelatte, Lapalud, renforçant en outre par d’autres biens les positions acquises dans les lieux de Saint-Roman-de-Malgarde, Villedieu, Sainte Cécile, Lagarde-Paréol, Mornas et Malaucène, en y ajoutant en outre Pernes et Bompas. Mais la Papauté se heurte dans cette région nord aux comtes de Provence qui voulaient de leur côté reconstituer l’ancien royaume. C’est ainsi que, le 29 septembre 1257, Adhémar, baron de Grignan, prête hommage-lige à Charles d’Anjou, comte de Provence et à Béatrice, sa femme, pour Grignan, Montségur, Allan, Salles, Colonzelles, l’enclave d’Eyzahut, la moitié de Taulignan, le quart de Valaurie, le tiers de Roussas, le reste de ces localités étant attesté en possession du comte de Toulouse en 1253 et non compris Barri que le seigneur de Grignan tient en fief de ce même comte de Toulouse. Cet hommage fut renouvelé le 15 juin 1290 et le 20 février 1310 avec en plus Chantemerle, alors qu’Allan, cité en 1257, disparaît et réapparaît par la suite. Cet ensemble de droits et de biens s’accrut de la cession à Charles d’Anjou, comte de Provence, le 9 mars 1281, par l’abbé cistercien d’Aiguebelle de ses droits sur Montluc, Montjoyer, Roussas et Réauville, anciennement Cersaticum. La position des comtes de Toulouse, puis de la Papauté, était aussi affaiblie, dans cette région, par l’existence de la principauté d’Orange avec pour base les localités d’Orange, Courthézon, Gigondas et Jonquières. De ce côté aussi s’exerça la pression des comtes de Provence. Ainsi Charles II d’Anjou conclut en 1309 un accord avec le prince d’Orange, Bertrand des Baux, par lequel le premier cède sa part d’Orange, reçue des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem en échange de l’hommage prêté par le second pour toute sa principauté où sont en plus mentionnées les localités de Malijay, Causans, Saint-André-de-Ramières, Violès, Suzette, Châteauneuf-Redortiers, Montmirail et l’enclave de Tulette. Cet accord restera en vigueur jusqu’au moment où, profitant des difficultés financières de Guillaume de Chalon, prince d’Orange, Louis XI mit la main sur le pays en 1475 pour le rattacher ou plutôt le faire relever du Dauphiné, malgré les vives protestations du roi René. Cette enclave risquait d’être un danger pour la sécurité du Comtat, mais entre elle et le pays de Grignan, les comtes de Toulouse, puis les papes, s’assurèrent d’une série de points d’appui constituant une ceinture de sécurité avec le château de Stagnol, Barbara-le-Haut et à l’est de Grignan, Valréas, Montaigu, SaintPantaléon et Monbrison. C’est ainsi qu’en 1336 le pape acquiert le tiers de la juridiction sur Montaigu, que le 30 août 1327, il rachète au dauphin ses droits sur Valréas que ce dernier détiendra en fief de l’Eglise, qu’en 1355, il fait passer sous son obédience la 24ème partie de la juridiction de Valréas. Cette série d’acquisitions mit un coup d’arrêt aux ambitions des comtes de Provence dans ce secteur et verrouilla la principauté d’Orange et surtout la baronnie de Grignan. En outre, le roi Robert, en refusant, faute d’argent, d’acquérir du dernier dauphin, ses droits jusqu’à l’Isère, laisse la place à la France, qui achètera. Mais la politique pontificale ne s’en tint pas là. Le 4 septembre 1327, le couvent de Saint-Césaire d’Arles fait donation au Saint-Siège de ses droits de suzeraineté sur Nyons, Mirabel et Vinsobres, les dauphins, détenteurs du fief, lui rendant désormais hommage. Le 31 juillet 1344, Humbert II, dauphin du Viennois, vend à la Papauté, représentée par Clément VI, le lieu de Visan. Cette dernière fut ainsi mise en contact direct avec les terres des seigneurs de Montauban, qui eurent les dauphins du Viennois comme successeurs. Mais il ne fut pas toujours facile aux deux souverains en présence de fixer les frontières. Dès 1277, le Toulourenc avait été choisi comme limite entre Malaucène du Comtat et Mollans en Dauphiné, les deux localités ayant dépendu des comtes de Toulouse en 1253. Mais surtout le 10 septembre 1302, furent placées des bornes entre Valouse en Comtat et Teyssières en Dauphiné.

De toute façon, de longs conflits juridiques, issus de la donation des Hospitaliers surgirent entre les cours du Venaissin et du Dauphiné dans l’ancienne baronnie de Montauban. En 1283 et 1292, Cairanne, Venterol, Château-Ratiers, Novézan, Saint-Maurice-d’Eygues et Villedieu, puis en 1296 Grillon, étaient tenus en fief de Montauban par les Hospitaliers. Les dauphins du Viennois entrent en possession de ces droits. En 1317, ils étaient donc suzerains de Cairanne, Villedieu et Grillon cédés par les Hospitaliers à l’Eglise romaine. Mais l’on discute au sujet de Saint-Maurice, Novézan et Bouchet. Le 9 juillet 1321, pour apaiser la querelle, Guigues, dauphin, et son frère, reconnaissent tenir en fief du pape et de l’Eglise romaine les lieux de Rochegude, Piégeon, Novézan, Albagnonnet, Saint-André-d’Espeyranzano, Saint-Maurice et Bouchet. Les dauphins, barons de Montauban, avaient haute et basse justice, mais les officiers du Comtat pouvaient exercer la juridiction par ordre spécial du recteur ou du juge du Comtat ou à l’occasion de délits commis dans le Comtat. Les seigneurs de Montauban doivent le service de guerre et de plaid au pape et ne peuvent aliéner sans autorisation. C’était donc un succès pour le Saint-Siège qui constituait ainsi un glacis de défense pour le Haut-Comtat. Par la suite et au cours du XIVème siècle, les dauphins se plaignirent des intrusions comtadines, en particulier à Cairanne, Villedieu, Grillon, Pierrelatte et Pilles, mais sans succès. Terres pontificales et dauphinoises restèrent enchevêtrées les unes dans les autres. La géographie administrative actuelle conserve encore les traces de l’ancienne situation. Le canton de Valréas (avec Visan, Richerenches et Grillon) certes beaucoup moins étendu que la judicature pontificale de Valréas, est resté comme une enclave vauclusienne dans le département de la Drôme, par suite du rattachement au Dauphiné de Suze-la-Rousse, Tulette, Vinsobres et Saint-Maurice-d’Eygues, situation qu’après maints avatars, dont nous reparlerons, confirma la constitution définitive du département de Vaucluse. Plus au Sud, la limite passait et passe encore aux confins de Barry, Bollène, Lagarde-Paréol, Buisson, Villedieu, Puyméras, Faucon, Entrechaux, Brantes, Savoillans, Aurel, ce qui indique, tout au moins au Nord, un net recul du Saint-Siège. Mais la politique pontificale se manifesta, à certaines époques, bien plus au Nord puisqu’en 1291, Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, reconnaît tenir en fief du pape, non seulement La Garde-Adhémar, mais aussi Savasse, déjà mentionnée en possession du comte de Toulouse en 1253, Châteauneuf-de-Mazenc et Montélimar, cités aussi en 1253. Montélimar fut d’ailleurs l’objet de nombreuses tentatives du Saint-Siège, car il s’agissait d’une forteresse avancée fort utile pour défendre le Comtat contre tout ennemi venant du Nord et descendant la vallée du Rhône, voie habituelle des invasions. En 1340, la ville était partagée en quatre seigneuries, l’une faisant hommage au comte de Valentinois et les trois autres à l’évêque de Valence et de Die. Le 6 octobre 1340, l’évêque vend au pape Benoît XIII le tiers de sa part, soit la juridiction sur 302 habitants (298 chrétiens et 4 juifs). Le 24 janvier 1341, le Souverain Pontife ordonne au recteur du Comtat de prendre possession de Montélimar. Le 17 juin 1360, l’évêque de Valence, estimant que l’Eglise romaine ne devait pas être vassale de celle de Valence, cède son domaine éminent à Montélimar contre celui de Condillac, au diocèse de Valence, au nord de Savasse, à la pointe extrême de l’influence papale. Par suite de cet acte, Tancelle des Baux, veuve de Giraud Adhémar, fait hommage au Saint Siège de ce qu’elle avait à Montélimar, de sa part d’Allan, dans la baronnie de Grignan, de ses fiefs de Sauzet, de Lachamp, de la tour appelée de Vierre et du château de Mirmande. En 1383, le pape Clément VII échangea Grillon contre la moitié de Montélimar, et la ville, partagée entre le Saint-Siège et le comte de Valentinois, semble avoir été le chef-lieu, par décision du 23 janvier 1386, d’une judicature comprenant aussi Lapalud, Pierrelatte, Lamotte, Espéluche et Allan. Mais il ne semble pas que cette création ait été réellement suivie d’effet, car l’Eglise romaine n’eut jamais à Montélimar qu’une position précaire. Le 13 mars 1447, en effet, elle renonça à ses prétentions en cédant sa part de la ville au dauphin Louis (XI) contre la rétrocession de Grillon. La fixation de la frontière Est du Comtat donna aussi lieu à des contestations qui, sans être aussi longues, n’en furent pas moins vives entre les comtes de Toulouse, puis les papes, et les comtes de Provence. Au Sud-Est, vers la Durance, c’est le Vernègue qui, en 1195, faisait frontière entre les états du comte de Toulouse et ceux du comte de Forcalquier. Mais la situation ne resta pas aussi simple. La dynastie toulousaine dominait à Robion, les Taillades, Maubec, Oppède, Ménerbes, Cabrières et Bonnieux, celle de Provence, qui succéda à celle de Forcalquier, aux Beaumettes et à Gordes, Mérindol étant disputée entre les deux adversaires. Plus au Nord, les comtes de Provence détenaient Murs, Bezaure et Saint-Lambert, ceux de Toulouse, Javon, Roussillon, Péréal et Villars, sorte d’enclave. Les localités de Saint-Saturnin d’Apt, Joucas et Croagnes étaient l’enjeu d’une lutte entre les deux princes, donc un enchevêtrement de droits et de biens dont la géographie administrative actuelle conserve quelques traces dans la frontière entre les arrondissements de Carpentras et d’Apt.

A l’Est, Sault et « sa Val »

Plus au nord encore le Comtat Venaissin était séparé du Comté de Forcalquier devenu plus tard terre provençale par la région montagneuse de Sault. A l’origine, les seigneurs de la vallée, les Agout, prêtaient hommage et même hommage-lige au comte de Toulouse, ainsi en 1251 et 1253, mais en fait la région, alors réduit très isolé, était pratiquement indépendante, d’où la formule de serment. En effet, le 2 mai 1251, le 21 janvier 1255 et le 19 octobre 1256, le sénéchal du Venaissin reçoit ce serment de fidélité de Raymond d’Agout par lequel le dernier déclare se mettre volontairement sous la souveraineté du comte de Toulouse et lui prêter hommage-lige, mais en déclarant conserver la liberté et la plénitude des pouvoirs dont ses ancêtres ont joui, donc un hommage restrictif. Mais il s’agit là uniquement de l’ancienne seigneurie de Sault, appelée à tort comté et qu’il faut distinguer de la nouvelle érigée plus tard en comté, au XVIe siècle sur la base des possessions et droits de la famille d’Agout. L’ancienne seigneurie comportait, outre Sault, les trois localités de Monieux, Aurel et SaintTrinit. En 1255, 1256 et 1258, s’y ajoutent déjà la moitié de Montbrun, de Ferrassières, de Reybaud, de Cotignac, d’Anjou, près du Ventoux, Ansouis, le Revestdu-Bion en totalité, plus deux bastides, celle des Isnards et celle de feu Raymond Hugues, donc un certain empiètement sur le département actuel des Hautes-Alpes. La base de la seigneurie érigée plus tard en comté était beaucoup plus vaste. Jouxtant la Provence, le Comtat Venaissin et le Dauphiné, ses limites sont ainsi définies par le moyen des places les plus importantes ; à l’Est, Montbrun-les-Bains, Barret-de-Lioures, Eygaleyes, Aurel, Le Revest-du-Bion et Saint-Trinit ; au Sud, Saint-Christol, Lagarde et Simiane ; au Nord, Monieux ; à l’Ouest, Saint-Jean, Lioux, Murs, Saint-Saturnin-d’Apt, Payréal, Croagnes et Goult. A cet ensemble, déjà considérable, il convient de joindre des biens et des droits à Roussillon, aux Beaumettes, à La Roche-d’Espeil, à Lourmarin, à La Bastide-de-Jourdan, le centre restant le plateau de Vaucluse avec Sault. Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse, disparu le 21 août 1271, Raymond d’Agout fait hommage le 6 février 1272 à Philippe le Hardi, mais le 1er avril de la même année, Charles d’Anjou, comte de Provence conclut un pacte avec Agoult de Sault par lequel le dernier tiendra sa terre du roi de Sicile sous réserve des libertés et franchises dont il sera convenu. En 1291 enfin, c’est au comte de Provence, Charles II d’Anjou et non au Saint-Siège, que le successeur de Raymond, Isnard d’Entrevennes, seigneur d’Agoult, fait hommage pour la vallée de Sault, c’est-à-dire Sault elle-même, Aurel, Monieux, Saint-Jean-de-Durfort et Saint Trinit. Mais il s’agit de nouveau d’un hommage spécial. Isnard, seigneur d’Agout et du val de Sault, après avoir affirmé ne tenir la terre et « la val » d’aucun pouvoir temporel et ne faire aucune reconnaissance, conséquence des liens féodaux spéciaux qui unissaient la famille aux comtes de Toulouse, reconnaît de son plein gré et pour des bienfaits passés, tenir ses biens et droits comme alleu franc, libre, noble et ancien sous la suzeraineté de Charles II, roi de Jérusalem et de Sicile, comte de Provence et de Forcalquier. Isnard a droit de haute et basse justice sur le val de Sault, l’hôpital Saint-Jean et Aurel, et la juridiction d’appel. Cet accord, excluant toute influence politique du Saint-Siège sur la région, ne fut plus remis en question. Il fut confirmé par le roi Robert en 1318, le roi René en 1438, Charles d’Anjou, dernier comte de Provence de cette famille en 1480, étant entendu que Sault « et sa val » sont l’objet de cet hommage spécial qui est différent de celui rendu par les Agout pour leurs autres biens. Cet hommage passa ensuite aux rois de France, comtes de Provence, ainsi Charles VIII, Louis XII, François Ier, Charles IX, Henri II et Henri III, en 1491, 1498, 1515, 1540, 1560 et 1583. En 1561, l’ensemble des terres et des droits de la famille est érigé en comté par Charles IX au profit de François d’Agout. Les biens, seigneuries et baronnies annexés et incorporés au noyau primitif sont enlevés à leurs circonscriptions et placés sous la juridiction comtale dont le siège est à Sault, ce qui ne touche en rien les franchises des quatre localités de la seigneuries d’origine confirmées en 1619 et 1726. Pour voir la région de Sault revenir quelque peu à son appartenance primitive, il faut attendre la constitution définitive du département de Vaucluse. Le Comtat Venaissin ainsi délimité (et sa formation à peu près achevée par les papes qui veulent leur indépendance), comprend en outre en son sein un certain nombre d’enclaves autres que la principauté d’Orange dont il a déjà été question. Il s’agit des fiefs impériaux de l’évêché d’Avignon, Bédarrides, Châteauneuf-du-Pape et Gigognan, dits dans le Comtat mais non du Comtat, ainsi que, dans une certaine mesure, Châteauneuf-de-Gadagne. Le territoire est arrosé par de nombreuses rivières. Au Nord, coulent la Bèvre et le Lez qui passent à Mondragon, Bollène et Valréas ; l’Eigue, qui prend sa source dans le Dauphiné et arrose Nyons, Saint-Roman, Cairanne, Camaret et se jette dans le Rhône au Nord d’Orange ; au Centre-Nord, l’Ouvèze, venue elle aussi du Dauphiné, qui arrose Vaison, Bédarrides et Sorgues avant de se jeter dans le Rhône ; elle porte le nom de Val de Ruègne ou d’Ennuyé hors du territoire comtadin ; elle a pour affluent le Toulourenc ; la Mède, qui passe à Saint-Pierre-de-Vassols et Modène, l’Auzon qui arrose Mazan, Carpentras et Monteux et la Nesque qui, venant du Revest-du-Bion, passe à Sault, Monieux, Méthamis, dans des gorges connues, Saint-Didier et Pernes ; ces trois dernières rivières se jettent dans la Sorgue ; au Centre-Sud, la Sorgue ou plutôt les Sorgues, l’une passant à Vaucluse après être sortie de la célèbre fontaine, et Velleron, l’autre arrosant l’Isle, et le Thor, les deux rivières allant se jeter dans l’Ouvèze à Entraigues. Plus au Sud, au Nord du Luberon coule le Calavon qui draine de petites rivières descendant du massif et des monts du Vaucluse, comme la Senancole. Au Sud du Luberon, c’est la Durance elle-même qui reçoit les eaux d’un certain nombre de rivières telles la Lèze, l’Aygue, la Marderie, l’Aiguebrun.

Le Grand Comtat Venaissin

Carte d’un « Grand » Comtat Venaissin

Le Grand Comtat Venaissin comprends :

  • Le Haut Comtat : territoire comprenant la partie historique nord du Comtat Venaissin
  • Le Bas Comtat : territoire comprenant la partie historique sud du Comtat Venaissin
  • Le Comtat Rhodanien : territoire comprenant la partie historique cisrhodanienne du Comtat Venaissin ainsi que la Principauté d’Orange et de Mondragon en tant qu’héritiers culturels, linguistiques et sociaux comtadins
  • L’Enclave des Papes de Valréas : territoire comprenant la partie historiquement enclavée autour de Valréas.
  • Le Comtat Transdurancien : territoire comprenant l’ensemble des communes en dessous de la Durance, historiquement partie intégrante du Comtat Venaissin.
  • Le Comtat Oriental : territoire d’influence comtadine aux limites floues, bénéficiant d’un héritage historique, culturel, linguistique et social comtadin.
  • L’Enclave de la vallée d’Aigues : territoire comprenant la partie historiquement enclavée dans la vallée d’Aigues.
  • L’Enclave de Solérieux : Village comtadin enclavé dans le Dauphiné.
Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer