Catégories
Non classé

Le territoire du Comtat Venaissin

Le territoire et les « frontières » du Comtat Venaissin ont été mouvantes au cours de l’histoire et il est possible de retenir plusieurs définitions géographiques. Vous trouverez ci-dessous l’ensemble des représentations possibles du territoire du Comtat Venaissin, ainsi que la vision du Collectiu Comtadin du Comtat Venaissin.

Aux origines du Comtat Venaissin, le marquisat de Provence

La singularité du Comtat Venaissin par rapport à la Provence voisine tient son origine dans le fait que les terres du marquisat de Provence étaient possession du Comte du Toulouse contrairement à la Provence.

Carte du marquisat de Provence en 1125

Le Comtat Venaissin est donc territorialement héritier de cette formation géographique qui a connu de nombreuses évolutions.

Les évolutions géographiques temporelles du Comtat Venaissin

Hommages et serments de fidélité à l’Église romaine en 1274 (Theis, 2016)
Carte du Comtat Venaissin vers 1575, d’après Ortelius
Carte du Comtat Venaissin vers 1650, d’après Clauseau
Carte du Comtat Venaissin vers 1745, d’après Anville

Les limites disputées du Comtat Venaissin sont très bien étudiée par Henri Dubled, ancien conservateur de la Bibliothèque Inguimbertine à Carpentras, nous présentant les différentes facettes de ce territoire.

A l’Ouest et au Sud

Une seule frontière n’a pas donné lieu à des contestations violentes, c’est à l’Ouest, le Rhône, bien que la Royauté française, à coups de procès et de chicanes, concernant essentiellement Avignon, ait cherché et soit parvenue, avec le temps, à étendre ses droits jusqu’à la rive papale. Au Sud, cette frontière s’est établie sur le cours de la Durance, mais non sans avatars parfois sérieux.

Le problème international posé par la Durance est issu du partage, par raison d’héritage et dont nous reparlerons, en 1125, de la Provence en deux Etats, partage qui fit cesser l’indivision. Le premier échut aux comtes de Toulouse et allait de la Durance à l’Isère, le second fut le lot des comtes de Barcelone de la Durance à la mer. Mais, faute d’avoir un règlement international comme celui de 1816 qui fait de chaque Etat riverain le propriétaire exclusif de sa rive et de la moitié du cours du fleuve, la limite passant au milieu du thalweg, il fallut remonter, lorsque les contestations s’envenimèrent, au XVIème siècle, jusqu’à 1125. L’on hésita alors sur le sens de la préposition ab. A qui attribuait-elle le cours et les rives ? Les documents les accordent aux Toulousains dès 1094, puis en 1171 et 1178, puis au Saint-Siège, successeur des comtes de Toulouse, dont les pouvoirs débordent largement sur la rive gauche de la Durance, et qui légifère à propos des villages d’Orgon, Cabannes, Rognonas, Noves, Châteaurenard et Barbentane. La guerre d’usure commença en 1274 avec les prétentions de Philippe-le-Hardi, se disant successeur d’Alphonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse, son épouse, mais, de 1348, date du traité de cession par Jeanne de Sicile, d’Aragon et de Provence au pape Clément VI, d’Avignon et de son territoire, jusqu’au milieu du XVème siècle, les Souverains pontifes ont joui de leurs droits sans opposition, malgré une alerte en 1400. Les contestations commencent avec le roi René, comte de Provence, le 24 mai 1451, et les voies de fait de la part des habitants de Provence, encouragés en sous-main par les officiers du roi de France, devenu comte de Provence, contre les Avignonnais, se multiplient. En 1500, une réunion assemble des commissaires des deux gouvernements, et, contre la masse des documents produits par les Pontificaux, les officiers du roi ne peuvent qu’ergoter sur des points de détail. L’affaire en reste donc là lorsque, en 1505, le pape Jules ilI, pour rétablir la paix, abandonne de façon réfléchie une partie de ses droits. Le roi prend ainsi pied dans les îles et iscles (îles rattachées à la terre) de la Durance et, malgré un condominium, exerce une justice exclusive sur les localités de la rive gauche. Mais des contestations à propos des pallières ou digues de retenue des eaux provoquent des heurts entre les populations des deux rives et conduisent au Concordat du 30 avril 1623 qui sanctionne la reculade définitive du Saint Siège et fait de la Durance ce qu’elle n’était pas jusqu’alors, une frontière.

Au Nord

Les autres limites sont aussi le résultat des rivalités entre princes, en l’occurence les comtes de Provence et les dauphins du Viennois, auxquels succèdèrent les rois de France, et les papes qui emboîtèrent le pas, dans ce domaine, à leurs prédécesseurs, les comtes de Toulouse. Les frontières sont donc très sinueuses et se trouvent être les lignes ou les zones de partage provenant de l’équilibre des forces en présence, certaines localités ayant d’ailleurs été très disputées. On retrouve aujourd’hui le témoignage de ces luttes dans les frontières séparant, à leur jonction, le Vaucluse de la Drôme, des Alpes de Haute-Provence et des Hautes Alpes. Au Nord, les Papes ne renoncèrent que très tardivement, devant la pression de la Royauté française, à revendiquer tout le pays jusqu’à l’Isère, donc ce qui avait été accordé à Raymond V de Toulouse par le partage de 1125 et dont une soixantaine de villes, villages et châteaux étaient passés, par la force, suite à l’affaiblissement de l’Etat toulousain, dans l’obédience des dauphins du Viennois. Mais la fixation de la frontière nord est liée aussi à celle de la frontière est et sud-est, le problème n’ayant été qu’insuffisamment réglé en 1195 lors du traité entre Raymond VI de Toulouse et Guillaume IV de Forcalquier conduisant à la constitution définitive de ce comté. La disparition du comté de Forcalquier par extinction de la famille et son incorporation dans le comté de Provence ne modifièrent pas les données du problème, mais elles poussèrent les comtes de Provence de la maison d’Anjou à tenter de reconstituer, à leur profit, la grande Provence, l’ancien royaume de Louis l’Aveugle. C’est donc à une lutte à trois qu’est dû le tracé de ces frontières du Comtat Venaissin : Papauté, succédant à Toulouse, Provence, succédant aussi à Forcalquier et Viennois, en tenant compte qu’il est impossible, à cette époque, de figurer les aires de souveraineté par des frontières nettes et des teintes différentes. Car il s’agit, en fait, d’un conglomérat de droits divers et de biens dans une localité, une part de localité ou un groupe de localités, se juxtaposant ou se superposant. C’est qu’en effet, pour compliquer une tâche déjà délicate, il peut y avoir superposition de droits ou partage des droits et des revenus, sans compter naturellement les nombreuses inféodations. Alors, il est vrai, il n’y avait pas de frontières nette entre le droit public et le droit privé. Les notions encore en cours de droit romain n’étaient pas toujours comprises, sauf peut-être par certains juristes pontificaux, mais avec un mélange de droit canon, et se trouvaient battues en brèche par la coutume qui inspirait tout le droit féodal. En 1253, les possessions du comte de Toulouse empiétaient au nord fortement le long du Rhône sur l’actuel département de la Drôme puisque, partant de Barri et de Chabrières, elles comprenaient Saint-Paul-Trois-Châteaux, Pierrelatte, la Garde-Adhémar, Valaurie, Roussas, Châteauneuf-du-Rhône, Le Dalmansec, Montélimar, la localité la plus septentrionale étant Savasse. Lors de la prestation de serment, à la prise de possession de 1274, sont mentionnées ces localités, plus Rac, près de Châteauneuf et Montpensier. Les papes, reprenant à leur compte la politique des comtes de Toulouse, purent faire quelques acquisitions sur les dauphins du Viennois, toujours à court d’argent. En outre, dans la zone entre Ouvèze et Eygues et plus au Nord, ils héritent des biens des Templiers, passés aux Hospitaliers, puis donnés par eux le 11 juin 1317 à l’Eglise romaine, avec ratification le 25 novembre 1320, soit les châteaux et localités de Cairanne, Buisson, le reste de Montaigu, une part de Valréas, la commanderie de Richerenches, Solérieux, Bourbouton et des biens et droits à Saint Paul-Trois-Châteaux, Pierrelatte, Lapalud, renforçant en outre par d’autres biens les positions acquises dans les lieux de Saint-Roman-de-Malgarde, Villedieu, Sainte Cécile, Lagarde-Paréol, Mornas et Malaucène, en y ajoutant en outre Pernes et Bompas. Mais la Papauté se heurte dans cette région nord aux comtes de Provence qui voulaient de leur côté reconstituer l’ancien royaume. C’est ainsi que, le 29 septembre 1257, Adhémar, baron de Grignan, prête hommage-lige à Charles d’Anjou, comte de Provence et à Béatrice, sa femme, pour Grignan, Montségur, Allan, Salles, Colonzelles, l’enclave d’Eyzahut, la moitié de Taulignan, le quart de Valaurie, le tiers de Roussas, le reste de ces localités étant attesté en possession du comte de Toulouse en 1253 et non compris Barri que le seigneur de Grignan tient en fief de ce même comte de Toulouse. Cet hommage fut renouvelé le 15 juin 1290 et le 20 février 1310 avec en plus Chantemerle, alors qu’Allan, cité en 1257, disparaît et réapparaît par la suite. Cet ensemble de droits et de biens s’accrut de la cession à Charles d’Anjou, comte de Provence, le 9 mars 1281, par l’abbé cistercien d’Aiguebelle de ses droits sur Montluc, Montjoyer, Roussas et Réauville, anciennement Cersaticum. La position des comtes de Toulouse, puis de la Papauté, était aussi affaiblie, dans cette région, par l’existence de la principauté d’Orange avec pour base les localités d’Orange, Courthézon, Gigondas et Jonquières. De ce côté aussi s’exerça la pression des comtes de Provence. Ainsi Charles II d’Anjou conclut en 1309 un accord avec le prince d’Orange, Bertrand des Baux, par lequel le premier cède sa part d’Orange, reçue des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem en échange de l’hommage prêté par le second pour toute sa principauté où sont en plus mentionnées les localités de Malijay, Causans, Saint-André-de-Ramières, Violès, Suzette, Châteauneuf-Redortiers, Montmirail et l’enclave de Tulette. Cet accord restera en vigueur jusqu’au moment où, profitant des difficultés financières de Guillaume de Chalon, prince d’Orange, Louis XI mit la main sur le pays en 1475 pour le rattacher ou plutôt le faire relever du Dauphiné, malgré les vives protestations du roi René. Cette enclave risquait d’être un danger pour la sécurité du Comtat, mais entre elle et le pays de Grignan, les comtes de Toulouse, puis les papes, s’assurèrent d’une série de points d’appui constituant une ceinture de sécurité avec le château de Stagnol, Barbara-le-Haut et à l’est de Grignan, Valréas, Montaigu, SaintPantaléon et Monbrison. C’est ainsi qu’en 1336 le pape acquiert le tiers de la juridiction sur Montaigu, que le 30 août 1327, il rachète au dauphin ses droits sur Valréas que ce dernier détiendra en fief de l’Eglise, qu’en 1355, il fait passer sous son obédience la 24ème partie de la juridiction de Valréas. Cette série d’acquisitions mit un coup d’arrêt aux ambitions des comtes de Provence dans ce secteur et verrouilla la principauté d’Orange et surtout la baronnie de Grignan. En outre, le roi Robert, en refusant, faute d’argent, d’acquérir du dernier dauphin, ses droits jusqu’à l’Isère, laisse la place à la France, qui achètera. Mais la politique pontificale ne s’en tint pas là. Le 4 septembre 1327, le couvent de Saint-Césaire d’Arles fait donation au Saint-Siège de ses droits de suzeraineté sur Nyons, Mirabel et Vinsobres, les dauphins, détenteurs du fief, lui rendant désormais hommage. Le 31 juillet 1344, Humbert II, dauphin du Viennois, vend à la Papauté, représentée par Clément VI, le lieu de Visan. Cette dernière fut ainsi mise en contact direct avec les terres des seigneurs de Montauban, qui eurent les dauphins du Viennois comme successeurs. Mais il ne fut pas toujours facile aux deux souverains en présence de fixer les frontières. Dès 1277, le Toulourenc avait été choisi comme limite entre Malaucène du Comtat et Mollans en Dauphiné, les deux localités ayant dépendu des comtes de Toulouse en 1253. Mais surtout le 10 septembre 1302, furent placées des bornes entre Valouse en Comtat et Teyssières en Dauphiné.

De toute façon, de longs conflits juridiques, issus de la donation des Hospitaliers surgirent entre les cours du Venaissin et du Dauphiné dans l’ancienne baronnie de Montauban. En 1283 et 1292, Cairanne, Venterol, Château-Ratiers, Novézan, Saint-Maurice-d’Eygues et Villedieu, puis en 1296 Grillon, étaient tenus en fief de Montauban par les Hospitaliers. Les dauphins du Viennois entrent en possession de ces droits. En 1317, ils étaient donc suzerains de Cairanne, Villedieu et Grillon cédés par les Hospitaliers à l’Eglise romaine. Mais l’on discute au sujet de Saint-Maurice, Novézan et Bouchet. Le 9 juillet 1321, pour apaiser la querelle, Guigues, dauphin, et son frère, reconnaissent tenir en fief du pape et de l’Eglise romaine les lieux de Rochegude, Piégeon, Novézan, Albagnonnet, Saint-André-d’Espeyranzano, Saint-Maurice et Bouchet. Les dauphins, barons de Montauban, avaient haute et basse justice, mais les officiers du Comtat pouvaient exercer la juridiction par ordre spécial du recteur ou du juge du Comtat ou à l’occasion de délits commis dans le Comtat. Les seigneurs de Montauban doivent le service de guerre et de plaid au pape et ne peuvent aliéner sans autorisation. C’était donc un succès pour le Saint-Siège qui constituait ainsi un glacis de défense pour le Haut-Comtat. Par la suite et au cours du XIVème siècle, les dauphins se plaignirent des intrusions comtadines, en particulier à Cairanne, Villedieu, Grillon, Pierrelatte et Pilles, mais sans succès. Terres pontificales et dauphinoises restèrent enchevêtrées les unes dans les autres. La géographie administrative actuelle conserve encore les traces de l’ancienne situation. Le canton de Valréas (avec Visan, Richerenches et Grillon) certes beaucoup moins étendu que la judicature pontificale de Valréas, est resté comme une enclave vauclusienne dans le département de la Drôme, par suite du rattachement au Dauphiné de Suze-la-Rousse, Tulette, Vinsobres et Saint-Maurice-d’Eygues, situation qu’après maints avatars, dont nous reparlerons, confirma la constitution définitive du département de Vaucluse. Plus au Sud, la limite passait et passe encore aux confins de Barry, Bollène, Lagarde-Paréol, Buisson, Villedieu, Puyméras, Faucon, Entrechaux, Brantes, Savoillans, Aurel, ce qui indique, tout au moins au Nord, un net recul du Saint-Siège. Mais la politique pontificale se manifesta, à certaines époques, bien plus au Nord puisqu’en 1291, Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, reconnaît tenir en fief du pape, non seulement La Garde-Adhémar, mais aussi Savasse, déjà mentionnée en possession du comte de Toulouse en 1253, Châteauneuf-de-Mazenc et Montélimar, cités aussi en 1253. Montélimar fut d’ailleurs l’objet de nombreuses tentatives du Saint-Siège, car il s’agissait d’une forteresse avancée fort utile pour défendre le Comtat contre tout ennemi venant du Nord et descendant la vallée du Rhône, voie habituelle des invasions. En 1340, la ville était partagée en quatre seigneuries, l’une faisant hommage au comte de Valentinois et les trois autres à l’évêque de Valence et de Die. Le 6 octobre 1340, l’évêque vend au pape Benoît XIII le tiers de sa part, soit la juridiction sur 302 habitants (298 chrétiens et 4 juifs). Le 24 janvier 1341, le Souverain Pontife ordonne au recteur du Comtat de prendre possession de Montélimar. Le 17 juin 1360, l’évêque de Valence, estimant que l’Eglise romaine ne devait pas être vassale de celle de Valence, cède son domaine éminent à Montélimar contre celui de Condillac, au diocèse de Valence, au nord de Savasse, à la pointe extrême de l’influence papale. Par suite de cet acte, Tancelle des Baux, veuve de Giraud Adhémar, fait hommage au Saint Siège de ce qu’elle avait à Montélimar, de sa part d’Allan, dans la baronnie de Grignan, de ses fiefs de Sauzet, de Lachamp, de la tour appelée de Vierre et du château de Mirmande. En 1383, le pape Clément VII échangea Grillon contre la moitié de Montélimar, et la ville, partagée entre le Saint-Siège et le comte de Valentinois, semble avoir été le chef-lieu, par décision du 23 janvier 1386, d’une judicature comprenant aussi Lapalud, Pierrelatte, Lamotte, Espéluche et Allan. Mais il ne semble pas que cette création ait été réellement suivie d’effet, car l’Eglise romaine n’eut jamais à Montélimar qu’une position précaire. Le 13 mars 1447, en effet, elle renonça à ses prétentions en cédant sa part de la ville au dauphin Louis (XI) contre la rétrocession de Grillon. La fixation de la frontière Est du Comtat donna aussi lieu à des contestations qui, sans être aussi longues, n’en furent pas moins vives entre les comtes de Toulouse, puis les papes, et les comtes de Provence. Au Sud-Est, vers la Durance, c’est le Vernègue qui, en 1195, faisait frontière entre les états du comte de Toulouse et ceux du comte de Forcalquier. Mais la situation ne resta pas aussi simple. La dynastie toulousaine dominait à Robion, les Taillades, Maubec, Oppède, Ménerbes, Cabrières et Bonnieux, celle de Provence, qui succéda à celle de Forcalquier, aux Beaumettes et à Gordes, Mérindol étant disputée entre les deux adversaires. Plus au Nord, les comtes de Provence détenaient Murs, Bezaure et Saint-Lambert, ceux de Toulouse, Javon, Roussillon, Péréal et Villars, sorte d’enclave. Les localités de Saint-Saturnin d’Apt, Joucas et Croagnes étaient l’enjeu d’une lutte entre les deux princes, donc un enchevêtrement de droits et de biens dont la géographie administrative actuelle conserve quelques traces dans la frontière entre les arrondissements de Carpentras et d’Apt.

A l’Est, Sault et « sa Val »

Plus au nord encore le Comtat Venaissin était séparé du Comté de Forcalquier devenu plus tard terre provençale par la région montagneuse de Sault. A l’origine, les seigneurs de la vallée, les Agout, prêtaient hommage et même hommage-lige au comte de Toulouse, ainsi en 1251 et 1253, mais en fait la région, alors réduit très isolé, était pratiquement indépendante, d’où la formule de serment. En effet, le 2 mai 1251, le 21 janvier 1255 et le 19 octobre 1256, le sénéchal du Venaissin reçoit ce serment de fidélité de Raymond d’Agout par lequel le dernier déclare se mettre volontairement sous la souveraineté du comte de Toulouse et lui prêter hommage-lige, mais en déclarant conserver la liberté et la plénitude des pouvoirs dont ses ancêtres ont joui, donc un hommage restrictif. Mais il s’agit là uniquement de l’ancienne seigneurie de Sault, appelée à tort comté et qu’il faut distinguer de la nouvelle érigée plus tard en comté, au XVIe siècle sur la base des possessions et droits de la famille d’Agout. L’ancienne seigneurie comportait, outre Sault, les trois localités de Monieux, Aurel et SaintTrinit. En 1255, 1256 et 1258, s’y ajoutent déjà la moitié de Montbrun, de Ferrassières, de Reybaud, de Cotignac, d’Anjou, près du Ventoux, Ansouis, le Revestdu-Bion en totalité, plus deux bastides, celle des Isnards et celle de feu Raymond Hugues, donc un certain empiètement sur le département actuel des Hautes-Alpes. La base de la seigneurie érigée plus tard en comté était beaucoup plus vaste. Jouxtant la Provence, le Comtat Venaissin et le Dauphiné, ses limites sont ainsi définies par le moyen des places les plus importantes ; à l’Est, Montbrun-les-Bains, Barret-de-Lioures, Eygaleyes, Aurel, Le Revest-du-Bion et Saint-Trinit ; au Sud, Saint-Christol, Lagarde et Simiane ; au Nord, Monieux ; à l’Ouest, Saint-Jean, Lioux, Murs, Saint-Saturnin-d’Apt, Payréal, Croagnes et Goult. A cet ensemble, déjà considérable, il convient de joindre des biens et des droits à Roussillon, aux Beaumettes, à La Roche-d’Espeil, à Lourmarin, à La Bastide-de-Jourdan, le centre restant le plateau de Vaucluse avec Sault. Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse, disparu le 21 août 1271, Raymond d’Agout fait hommage le 6 février 1272 à Philippe le Hardi, mais le 1er avril de la même année, Charles d’Anjou, comte de Provence conclut un pacte avec Agoult de Sault par lequel le dernier tiendra sa terre du roi de Sicile sous réserve des libertés et franchises dont il sera convenu. En 1291 enfin, c’est au comte de Provence, Charles II d’Anjou et non au Saint-Siège, que le successeur de Raymond, Isnard d’Entrevennes, seigneur d’Agoult, fait hommage pour la vallée de Sault, c’est-à-dire Sault elle-même, Aurel, Monieux, Saint-Jean-de-Durfort et Saint Trinit. Mais il s’agit de nouveau d’un hommage spécial. Isnard, seigneur d’Agout et du val de Sault, après avoir affirmé ne tenir la terre et « la val » d’aucun pouvoir temporel et ne faire aucune reconnaissance, conséquence des liens féodaux spéciaux qui unissaient la famille aux comtes de Toulouse, reconnaît de son plein gré et pour des bienfaits passés, tenir ses biens et droits comme alleu franc, libre, noble et ancien sous la suzeraineté de Charles II, roi de Jérusalem et de Sicile, comte de Provence et de Forcalquier. Isnard a droit de haute et basse justice sur le val de Sault, l’hôpital Saint-Jean et Aurel, et la juridiction d’appel. Cet accord, excluant toute influence politique du Saint-Siège sur la région, ne fut plus remis en question. Il fut confirmé par le roi Robert en 1318, le roi René en 1438, Charles d’Anjou, dernier comte de Provence de cette famille en 1480, étant entendu que Sault « et sa val » sont l’objet de cet hommage spécial qui est différent de celui rendu par les Agout pour leurs autres biens. Cet hommage passa ensuite aux rois de France, comtes de Provence, ainsi Charles VIII, Louis XII, François Ier, Charles IX, Henri II et Henri III, en 1491, 1498, 1515, 1540, 1560 et 1583. En 1561, l’ensemble des terres et des droits de la famille est érigé en comté par Charles IX au profit de François d’Agout. Les biens, seigneuries et baronnies annexés et incorporés au noyau primitif sont enlevés à leurs circonscriptions et placés sous la juridiction comtale dont le siège est à Sault, ce qui ne touche en rien les franchises des quatre localités de la seigneuries d’origine confirmées en 1619 et 1726. Pour voir la région de Sault revenir quelque peu à son appartenance primitive, il faut attendre la constitution définitive du département de Vaucluse. Le Comtat Venaissin ainsi délimité (et sa formation à peu près achevée par les papes qui veulent leur indépendance), comprend en outre en son sein un certain nombre d’enclaves autres que la principauté d’Orange dont il a déjà été question. Il s’agit des fiefs impériaux de l’évêché d’Avignon, Bédarrides, Châteauneuf-du-Pape et Gigognan, dits dans le Comtat mais non du Comtat, ainsi que, dans une certaine mesure, Châteauneuf-de-Gadagne. Le territoire est arrosé par de nombreuses rivières. Au Nord, coulent la Bèvre et le Lez qui passent à Mondragon, Bollène et Valréas ; l’Eigue, qui prend sa source dans le Dauphiné et arrose Nyons, Saint-Roman, Cairanne, Camaret et se jette dans le Rhône au Nord d’Orange ; au Centre-Nord, l’Ouvèze, venue elle aussi du Dauphiné, qui arrose Vaison, Bédarrides et Sorgues avant de se jeter dans le Rhône ; elle porte le nom de Val de Ruègne ou d’Ennuyé hors du territoire comtadin ; elle a pour affluent le Toulourenc ; la Mède, qui passe à Saint-Pierre-de-Vassols et Modène, l’Auzon qui arrose Mazan, Carpentras et Monteux et la Nesque qui, venant du Revest-du-Bion, passe à Sault, Monieux, Méthamis, dans des gorges connues, Saint-Didier et Pernes ; ces trois dernières rivières se jettent dans la Sorgue ; au Centre-Sud, la Sorgue ou plutôt les Sorgues, l’une passant à Vaucluse après être sortie de la célèbre fontaine, et Velleron, l’autre arrosant l’Isle, et le Thor, les deux rivières allant se jeter dans l’Ouvèze à Entraigues. Plus au Sud, au Nord du Luberon coule le Calavon qui draine de petites rivières descendant du massif et des monts du Vaucluse, comme la Senancole. Au Sud du Luberon, c’est la Durance elle-même qui reçoit les eaux d’un certain nombre de rivières telles la Lèze, l’Aygue, la Marderie, l’Aiguebrun.

Le Grand Comtat Venaissin

Carte d’un « Grand » Comtat Venaissin

Le Grand Comtat Venaissin comprends :

  • Le Haut Comtat : territoire comprenant la partie historique nord du Comtat Venaissin
  • Le Bas Comtat : territoire comprenant la partie historique sud du Comtat Venaissin
  • Le Comtat Rhodanien : territoire comprenant la partie historique cisrhodanienne du Comtat Venaissin ainsi que la Principauté d’Orange et de Mondragon en tant qu’héritiers culturels, linguistiques et sociaux comtadins
  • L’Enclave des Papes de Valréas : territoire comprenant la partie historiquement enclavée autour de Valréas.
  • Le Comtat Transdurancien : territoire comprenant l’ensemble des communes en dessous de la Durance, historiquement partie intégrante du Comtat Venaissin.
  • Le Comtat Oriental : territoire d’influence comtadine aux limites floues, bénéficiant d’un héritage historique, culturel, linguistique et social comtadin.
  • L’Enclave de la vallée d’Aigues : territoire comprenant la partie historiquement enclavée dans la vallée d’Aigues.
  • L’Enclave de Solérieux : Village comtadin enclavé dans le Dauphiné.
Catégories
Non classé

L’Union de Sainte-Cécile

L’Union de Sainte-Cécile, appelée aussi Fédération de Sainte-Cécile, ou dans certains cas Confédération de Sainte-Cécile (sont également employées les noms de Fédération de Sainte-Cécile du Comtat Venaissin, Confédération de Sainte-Cécile du Comtat Venassin, ou encore Union de Sainte-Cécile du Comtat Venaissin / mais également Union de Santa-Cecilia dau Comtat Venaissin (prononcé Unioun dé Santo Cecilio dow Coumtat Vénaillssi) en occitan comtadin) est une fédération politique, militaire et administrative rassemblant près de 68 communes du Comtat Venaissin face à l’invasion des hordes françaises dans le Comtat Venaissin au travers d’Avignon. Cet article revient en détails sur toute l’histoire de cette Union.

Blason de l’Union de Sainte-Cécile, comportant les clefs du Comtat et la Harpe de Sainte-Cécile sur fond azur

Le premier siège de Carpentras : les prémices de la formation de la Fédération de Sainte Cécile

À la suite des troubles d’Avignon qui eurent lieu dès 1789, des hordes
françaises se basèrent à Avignon et envisagèrent de partir pour une guerre de « conquête » du Comtat Venaissin dans l’idéal du rattachement du Comtat Venaissin à la France. Alors que ces hordes commencèrent à piller certaines villes et villages sans défense, le siège de Carpentras se fit sentir au début de l’année 1791.Le rassemblement de l’Union et l’annexion du Comtat Venaissin

Après ces diverses batailles et l’incroyable résistance de Carpentras, l’Union de Sainte-Cécile désordonnée par sa défaite lors de la bataille de Tourreau, se rassembla de nouveau sous l’impulsion de Carpentras et de Valréas. Une armée de plus de 12 000 soldats fut levée et deux corps d’armée furent formés. Le premier corps d’armée avait pour point de ralliement Brantes, tandis que le deuxième avait pour point de ralliement la Tour-de-Saban. L’objectif de l’Union de Sainte-Cécile était alors de s’emparer de la majorité des territoires sous contrôle de l’armée française patriote, avant de s’élancer en direction du camp de Monteux.

Dans la nuit du 10 au 11 juin 1791, le corps d’armée de Brantes s’empara du Barroux lors de la bataille du Barroux et s’empara de deux pièces de canons tandis qu’elle fit près de 30 prisonniers de l’armée française patriote. Le 12 juin 1791, le même corps d’armée de l’Union s’empara de Caromb, Mazan, Malemort, Saint-Didier et Aubignan sans trop de difficulté puisque les soldats de l’armée française patriote positionnés dans ces villes fuirent face à l’arrivée de l’Union de Sainte-Cécile. Plusieurs batailles éclatèrent également entre les deux armées, à Cavaillon et à Gigondas. Les combats furent par la suite du mois de juin moins intense suite aux promesses des émissaires français venus pour « rétablir la paix ». Le 29 juin finalement, l’armée française patriote se retira de la ville de Monteux pour revenir à Avignon, où l’armée patriote fut dissoute.

Le Comtat était alors dépeuplé de ses habitants, et beaucoup de partisans de l’Union de Sainte-Cécile et de l’indépendance du Comtat Venaissin avaient été massacrés ou fait prisonnier lors de l’été 1791 et avant. Dès lors le stratagème français fut de mettre tout en oeuvre pour annexer au plus vite le Comtat Venaissin. C’est dans cette lignée que fut convoquée une assemblée à Bédarrides, le 18 août 1791, rassemblant des patriotes français qui s’autoproclamèrent représentants du peuple et des communes du Comtat Venaissin, puis qui décidèrent de rattacher le Comtat Venaissin à la France.

L’Union de Sainte-Cécile ne fut jamais dissoute et les actes de résistances perdurèrent encore longtemps dans le Comtat Venaissin.

Les communes qui rejoingnèrent l’Union de Sainte-Cécile (Membres, sympathisants)
  • Aubignan
  • Le Barroux
  • Le Beaucet
  • Beaumes
  • Beaumont
  • Bédarrides
  • Bedoin
  • Blauvac
  • Bollène
  • Bonnieux
  • Le Bouchet
  • Brantes
  • Buisson
  • Cabrières
  • Caderousse
  • Cairanne
  • Caromb
  • Carpentras
  • Caumont
  • Cavaillon
  • Cheval-Blanc
  • Crestet
  • Crillon
  • Entrechaux
  • Entraigues
  • Eyrolles
  • Faucon
  • Flassan
  • Gadagne
  • Grillon
  • Javon
  • Jonquerettes
  • Lafare
  • Lagarde-Paréol
  • Lagnes
  • Lamotte
  • Lapalud
  • L’Isle-sur-la-Sorgue
  • Loriol
  • Malaucène
  • Malemort
  • Maubec
  • Mazan
  • Ménerbes
  • Méthamis
  • Modène
  • Mormoiron
  • Mornas
  • Oppède
  • Pernes
  • Les Pilles
  • Piolenc
  • Puyméras
  • Rasteau
  • Richerenches
  • Roaix
  • Robion
  • Rochegude
  • Lagnes
  • La Roque-Alric
  • La Roque-sur-Pernes
  • Rousset
  • Sablet
  • St Didier
  • St Saturnin
  • Saint-Léger
  • Saint-Pantaléon-les-Vignes
  • Saint-Pierre-de-Vassols
  • Saint-Romain-en-Viennois
  • Saint-Roman-de-Malegarde
  • Sainte-Cécile-les-Vignes
  • Sarrians
  • Saumanes
  • Savoillan
  • Séguret
  • Sérignan
  • Serres
  • Solérieu
  • Sorgues
  • Les Taillades
  • Thouzon
  • Le Thor
  • Tulette
  • Uchaux
  • Urban
  • Vacqueryras
  • Vaison
  • Valouse
  • Valréas
  • Vaucluse (Fontaine-de)
  • Vaux
  • Vedènes
  • Velleron
  • Venasque
  • Villedieu
  • Villès
  • Le Visan
Drapeau de guerre de l’Union de Sainte-Cécile

Sources :

  • Anonyme, « Mémoire de la révolution d’Avignon et du Comtat Venaissin », Volume 1, 1793.
  • Pierre Victor Malouet « Opinion de Malouet sur la réunion proposée du Comtat Venaissin à la France ».
  • Charles Soullier, « De la révolution d’Avignon et du Comtat Venaissin, en 1789 et années suivante », Volume 1, 1844.

Le 6 mai 1791, l’armée française patriote s’avança vers l’est de la ville, et se positionna dans un champ qui dominait la ville et que l’on appelle la Gardi, à 2 kilomètres des remparts de la ville. Les forces de l’Union, prévoyant cette attaque avaient fait placer plusieurs pièces d’artillerie sur les remparts Est. Très rapidement, l’armée française fut mise en déroute après avoir considérablement endommagé ses forces. L’armée française fut contrainte de prendre une autre position et ils ne commencèrent à faire feu que dans le début de l’après-midi. L’Union riposta de manière proportionnée aux tirs de canons français qui étaient moins soutenus que d’habitude. Révoltés par les pillages et les maisons que faisaient bruler les hommes de l’armée française patriote au loin, l’Union forma un détachement qui s’élança en dehors de la ville. Par chance, l’armée française patriote manquait de munitions et vers 14h30 lorsque le détachement s’élança vers les troupes française, s’engagea pleinement la bataille de la Gardi. Cette bataille fut meurtrière pour les forces françaises patriotes qui laissèrent beaucoup de morts et de blessés sur le champ de bataille. Le détachement poursuivit les soldats français jusque dans leur retranchement et les forces de l’Union n’eurent à déplorer qu’un seul mort et quelques blessés lors de cette victorieuse contre-offensive.

Le rassemblement de l’Union et l’annexion du Comtat Venaissin

Après ces diverses batailles et l’incroyable résistance de Carpentras, l’Union de Sainte-Cécile désordonnée par sa défaite lors de la bataille de Tourreau, se rassembla de nouveau sous l’impulsion de Carpentras et de Valréas. Une armée de plus de 12 000 soldats fut levée et deux corps d’armée furent formés. Le premier corps d’armée avait pour point de ralliement Brantes, tandis que le deuxième avait pour point de ralliement la Tour-de-Saban. L’objectif de l’Union de Sainte-Cécile était alors de s’emparer de la majorité des territoires sous contrôle de l’armée française patriote, avant de s’élancer en direction du camp de Monteux.

Dans la nuit du 10 au 11 juin 1791, le corps d’armée de Brantes s’empara du Barroux lors de la bataille du Barroux et s’empara de deux pièces de canons tandis qu’elle fit près de 30 prisonniers de l’armée française patriote. Le 12 juin 1791, le même corps d’armée de l’Union s’empara de Caromb, Mazan, Malemort, Saint-Didier et Aubignan sans trop de difficulté puisque les soldats de l’armée française patriote positionnés dans ces villes fuirent face à l’arrivée de l’Union de Sainte-Cécile. Plusieurs batailles éclatèrent également entre les deux armées, à Cavaillon et à Gigondas. Les combats furent par la suite du mois de juin moins intense suite aux promesses des émissaires français venus pour « rétablir la paix ». Le 29 juin finalement, l’armée française patriote se retira de la ville de Monteux pour revenir à Avignon, où l’armée patriote fut dissoute.

Le Comtat était alors dépeuplé de ses habitants, et beaucoup de partisans de l’Union de Sainte-Cécile et de l’indépendance du Comtat Venaissin avaient été massacrés ou fait prisonnier lors de l’été 1791 et avant. Dès lors le stratagème français fut de mettre tout en oeuvre pour annexer au plus vite le Comtat Venaissin. C’est dans cette lignée que fut convoquée une assemblée à Bédarrides, le 18 août 1791, rassemblant des patriotes français qui s’autoproclamèrent représentants du peuple et des communes du Comtat Venaissin, puis qui décidèrent de rattacher le Comtat Venaissin à la France.

L’Union de Sainte-Cécile ne fut jamais dissoute et les actes de résistances perdurèrent encore longtemps dans le Comtat Venaissin.

Les communes qui rejoingnèrent l’Union de Sainte-Cécile (Membres, sympathisants)
  • Aubignan
  • Le Barroux
  • Le Beaucet
  • Beaumes
  • Beaumont
  • Bédarrides
  • Bedoin
  • Blauvac
  • Bollène
  • Bonnieux
  • Le Bouchet
  • Brantes
  • Buisson
  • Cabrières
  • Caderousse
  • Cairanne
  • Caromb
  • Carpentras
  • Caumont
  • Cavaillon
  • Cheval-Blanc
  • Crestet
  • Crillon
  • Entrechaux
  • Entraigues
  • Eyrolles
  • Faucon
  • Flassan
  • Gadagne
  • Grillon
  • Javon
  • Jonquerettes
  • Lafare
  • Lagarde-Paréol
  • Lagnes
  • Lamotte
  • Lapalud
  • L’Isle-sur-la-Sorgue
  • Loriol
  • Malaucène
  • Malemort
  • Maubec
  • Mazan
  • Ménerbes
  • Méthamis
  • Modène
  • Mormoiron
  • Mornas
  • Oppède
  • Pernes
  • Les Pilles
  • Piolenc
  • Puyméras
  • Rasteau
  • Richerenches
  • Roaix
  • Robion
  • Rochegude
  • Lagnes
  • La Roque-Alric
  • La Roque-sur-Pernes
  • Rousset
  • Sablet
  • St Didier
  • St Saturnin
  • Saint-Léger
  • Saint-Pantaléon-les-Vignes
  • Saint-Pierre-de-Vassols
  • Saint-Romain-en-Viennois
  • Saint-Roman-de-Malegarde
  • Sainte-Cécile-les-Vignes
  • Sarrians
  • Saumanes
  • Savoillan
  • Séguret
  • Sérignan
  • Serres
  • Solérieu
  • Sorgues
  • Les Taillades
  • Thouzon
  • Le Thor
  • Tulette
  • Uchaux
  • Urban
  • Vacqueryras
  • Vaison
  • Valouse
  • Valréas
  • Vaucluse (Fontaine-de)
  • Vaux
  • Vedènes
  • Velleron
  • Venasque
  • Villedieu
  • Villès
  • Le Visan
Drapeau de guerre de l’Union de Sainte-Cécile

Sources :

  • Anonyme, « Mémoire de la révolution d’Avignon et du Comtat Venaissin », Volume 1, 1793.
  • Pierre Victor Malouet « Opinion de Malouet sur la réunion proposée du Comtat Venaissin à la France ».
  • Charles Soullier, « De la révolution d’Avignon et du Comtat Venaissin, en 1789 et années suivante », Volume 1, 1844.

Après ces trois échecs, l’armée française patriote affaiblie tenta de couper les vivres de la ville en brulant tous les moulins qu’elle pensait propres à fournir de quoi se nourrir à la ville et coupèrent l’aqueduc qui apportait l’eau potable à la ville. Heureusement, il y avait des moulins proches des remparts que jamais les troupes françaises n’osèrent approcher. Les forces de l’Union de Sainte-Cécile qui restaient à Carpentras, en retour, menèrent plusieurs expéditions grâce à de vaillants détachements pour rétablir les productions, réparer les dégâts laissés par l’armée française patriote et récupérer le contrôle de certains points stratégiques. Le peuple entier aida à ces tâches de rétablissement de la paix. Des détachements entiers de l’Union de Sainte-Cécile furent déployés pour assurer et protéger les récoltes, mais également pour les porter en toute sécurité jusqu’à Carpentras. Les munitions abandonnées et les boulets de canon tirés furent ramassés par les habitants et entreposés pour être réutilisés. Les femmes et même les enfants aidèrent grandement à ce grand effort collectif.

Le 6 mai 1791, l’armée française patriote s’avança vers l’est de la ville, et se positionna dans un champ qui dominait la ville et que l’on appelle la Gardi, à 2 kilomètres des remparts de la ville. Les forces de l’Union, prévoyant cette attaque avaient fait placer plusieurs pièces d’artillerie sur les remparts Est. Très rapidement, l’armée française fut mise en déroute après avoir considérablement endommagé ses forces. L’armée française fut contrainte de prendre une autre position et ils ne commencèrent à faire feu que dans le début de l’après-midi. L’Union riposta de manière proportionnée aux tirs de canons français qui étaient moins soutenus que d’habitude. Révoltés par les pillages et les maisons que faisaient bruler les hommes de l’armée française patriote au loin, l’Union forma un détachement qui s’élança en dehors de la ville. Par chance, l’armée française patriote manquait de munitions et vers 14h30 lorsque le détachement s’élança vers les troupes française, s’engagea pleinement la bataille de la Gardi. Cette bataille fut meurtrière pour les forces françaises patriotes qui laissèrent beaucoup de morts et de blessés sur le champ de bataille. Le détachement poursuivit les soldats français jusque dans leur retranchement et les forces de l’Union n’eurent à déplorer qu’un seul mort et quelques blessés lors de cette victorieuse contre-offensive.

Le rassemblement de l’Union et l’annexion du Comtat Venaissin

Après ces diverses batailles et l’incroyable résistance de Carpentras, l’Union de Sainte-Cécile désordonnée par sa défaite lors de la bataille de Tourreau, se rassembla de nouveau sous l’impulsion de Carpentras et de Valréas. Une armée de plus de 12 000 soldats fut levée et deux corps d’armée furent formés. Le premier corps d’armée avait pour point de ralliement Brantes, tandis que le deuxième avait pour point de ralliement la Tour-de-Saban. L’objectif de l’Union de Sainte-Cécile était alors de s’emparer de la majorité des territoires sous contrôle de l’armée française patriote, avant de s’élancer en direction du camp de Monteux.

Dans la nuit du 10 au 11 juin 1791, le corps d’armée de Brantes s’empara du Barroux lors de la bataille du Barroux et s’empara de deux pièces de canons tandis qu’elle fit près de 30 prisonniers de l’armée française patriote. Le 12 juin 1791, le même corps d’armée de l’Union s’empara de Caromb, Mazan, Malemort, Saint-Didier et Aubignan sans trop de difficulté puisque les soldats de l’armée française patriote positionnés dans ces villes fuirent face à l’arrivée de l’Union de Sainte-Cécile. Plusieurs batailles éclatèrent également entre les deux armées, à Cavaillon et à Gigondas. Les combats furent par la suite du mois de juin moins intense suite aux promesses des émissaires français venus pour « rétablir la paix ». Le 29 juin finalement, l’armée française patriote se retira de la ville de Monteux pour revenir à Avignon, où l’armée patriote fut dissoute.

Le Comtat était alors dépeuplé de ses habitants, et beaucoup de partisans de l’Union de Sainte-Cécile et de l’indépendance du Comtat Venaissin avaient été massacrés ou fait prisonnier lors de l’été 1791 et avant. Dès lors le stratagème français fut de mettre tout en oeuvre pour annexer au plus vite le Comtat Venaissin. C’est dans cette lignée que fut convoquée une assemblée à Bédarrides, le 18 août 1791, rassemblant des patriotes français qui s’autoproclamèrent représentants du peuple et des communes du Comtat Venaissin, puis qui décidèrent de rattacher le Comtat Venaissin à la France.

L’Union de Sainte-Cécile ne fut jamais dissoute et les actes de résistances perdurèrent encore longtemps dans le Comtat Venaissin.

Les communes qui rejoingnèrent l’Union de Sainte-Cécile (Membres, sympathisants)
  • Aubignan
  • Le Barroux
  • Le Beaucet
  • Beaumes
  • Beaumont
  • Bédarrides
  • Bedoin
  • Blauvac
  • Bollène
  • Bonnieux
  • Le Bouchet
  • Brantes
  • Buisson
  • Cabrières
  • Caderousse
  • Cairanne
  • Caromb
  • Carpentras
  • Caumont
  • Cavaillon
  • Cheval-Blanc
  • Crestet
  • Crillon
  • Entrechaux
  • Entraigues
  • Eyrolles
  • Faucon
  • Flassan
  • Gadagne
  • Grillon
  • Javon
  • Jonquerettes
  • Lafare
  • Lagarde-Paréol
  • Lagnes
  • Lamotte
  • Lapalud
  • L’Isle-sur-la-Sorgue
  • Loriol
  • Malaucène
  • Malemort
  • Maubec
  • Mazan
  • Ménerbes
  • Méthamis
  • Modène
  • Mormoiron
  • Mornas
  • Oppède
  • Pernes
  • Les Pilles
  • Piolenc
  • Puyméras
  • Rasteau
  • Richerenches
  • Roaix
  • Robion
  • Rochegude
  • Lagnes
  • La Roque-Alric
  • La Roque-sur-Pernes
  • Rousset
  • Sablet
  • St Didier
  • St Saturnin
  • Saint-Léger
  • Saint-Pantaléon-les-Vignes
  • Saint-Pierre-de-Vassols
  • Saint-Romain-en-Viennois
  • Saint-Roman-de-Malegarde
  • Sainte-Cécile-les-Vignes
  • Sarrians
  • Saumanes
  • Savoillan
  • Séguret
  • Sérignan
  • Serres
  • Solérieu
  • Sorgues
  • Les Taillades
  • Thouzon
  • Le Thor
  • Tulette
  • Uchaux
  • Urban
  • Vacqueryras
  • Vaison
  • Valouse
  • Valréas
  • Vaucluse (Fontaine-de)
  • Vaux
  • Vedènes
  • Velleron
  • Venasque
  • Villedieu
  • Villès
  • Le Visan
Drapeau de guerre de l’Union de Sainte-Cécile

Sources :

  • Anonyme, « Mémoire de la révolution d’Avignon et du Comtat Venaissin », Volume 1, 1793.
  • Pierre Victor Malouet « Opinion de Malouet sur la réunion proposée du Comtat Venaissin à la France ».
  • Charles Soullier, « De la révolution d’Avignon et du Comtat Venaissin, en 1789 et années suivante », Volume 1, 1844.

L’Assemblée Représentative du Comtat Venaissin sentit l’imminence du danger et décida de se pourvoir de moyens de résistance plus que nécessaires en cette période. Elle obtenue le rassemblement de l’ensemble des troupes du Haut-Comtat alors que le Bas-Comtat, et tout particulièrement Cavaillon, était sous le feu des hordes qui forcèrent une grande partie de la population au déplacement, le 10 janvier 1791.

L’Assemblée Représentative du Comtat Venaissin se prépara à l’invasion, et
envoya près de 300 hommes couper l’ensemble des ponts entre Avignon et
Carpentras, construire des retranchements et y établir des corps d’armée comtadin afin de stopper l’avancée de la horde française. Un contingent d’hommes comtadin s’avança jusqu’au bois de Gigondas entre Bédarrides et Entraigues. Une fois arrivé au bois, une suspicion d’embuscade s’installe dans les troupes et dans une grande confusion, l’arrière-garde se met à tirer sur l’avant-garde, après le tumulte, le détachement retourne à Carpentras.

Le 21 janvier 1791, une horde française sous la forme d’une armée de 5 000 hommes part d’Avignon en direction de Carpentras. Le soir du 21 janvier, ils établissent un camp au bois de Gingondas. Face à la menace qui se rapproche, lepeuple comtadin se prépare à l’attaque de cette armée et barricade la ville de Carpentras. Les hommes, les femmes, les enfants et même les hommes d’Église s’arment pour faire face. La horde française pose alors le siège de la ville de Carpentras qui est très organisée face à cette invasion. La horde, venue d’Avignon, exige de la part des habitants plusieurs revendications dégradantes, financières et humaines, afin de lever le siège. Cependant, ne pouvant tenir bien longtemps et la grêle s’étant abattue sur leur camp de siège, l’armée est forcée de rentrer à Avignon.

Cependant les chefs des hordes françaises gardèrent une grande amertume de cette défaite et préparèrent une nouvelle expédition en jurant de tuer tous les habitants et de détruire complètement la ville. À la horde initiale s’ajouta de nouvelles troupes constituées de soldats français, mais également de provençaux venus d’Arles et de Marseille. Des commissaires d’Avignon furent envoyés pour parlementer à Carpentras, notamment concernant les prisonniers qui avaient été faits. L’Assemblée Représentative du Comtat Venaissin concéda à un échange de prisonniers en libérant les soldats français qu’elle avait fait, en se fiant à la bonne parole de ces commissaires. Sur les 77 prisonniers, les forces de lahorde française d’Avignon n’en libérèrent que 8.

Par un habile stratagème, l’Assemblée Représentative du Comtat Venaissin
dans la ville de Carpentras arriva à ramener deux canons en provenance de
Marseille. Alors que la horde d’Avignon avait eu vent de cette ruse, ils
attendirent le passage du cortège par le chemin ordinaire. La bravoure de ce convoi fut de détourner l’attention de la horde en passant les canons par les monts du Luberon et de Vaucluse, au travers d’un difficile périple afin de garantir leur arrivée à Carpentras.

Le refus du rattachement et la création de la Fédération de Sainte-Cécile

Après ces événements et ces premières victoires comtadines, l’Assemblée nationale française à Paris croit les dires des hordes françaises qui se vantent de plusieurs victoires dans le Comtat Venaissin et à ce qui lui fut rapporter d’une « complète » adhésion du peuple du Comtat Venaissin à la Consitution française. Une Assemblée électorale du Vaucluse est établie à Avignon par plusieurs partisans du rattachement d’Avignon et du Comtat Venaissin à la France et notamment des français envoyés par Paris. Cette Assemblée prétend représenter de manière démocratique le peuple du Comtat Venaissin, sans que celui-ci n’ait eu l’opportunité de s’exprimer à ce sujet. Cette Assemblée se donna le droit d’envoyer à Paris ses représentants pour plaider le rattachement du Comtat Venaissin à la France, et s’octroya le droit de recours à la force armée, au meurtre et au pillage envers toutes les Communes du Comtat Venaissin qui refuseraient de se joindre à cette Assemblée.

C’est en réaction à cela que fut véritablement fondée l’Union de Sainte-Cécile. Plusieurs communes du Haut-Comtat décidèrent de sortir de leur isolement afin de former une association fédérative capable de repousser efficacement les nouvelles offensives que préparaient alors les hordes françaises basées à Avignon.

Les toutes premières propositions d’association fédérative furent effectuées par Valréas au tout début du mois de février 1791. Le 7 février 1791, plusieurs représentants se réunir à Bollène afin de se mettre d’accord sur l’organisation d’une défense du Comtat Venaissin. C’est finalement les 14, 15 et 16 du mois de mars 1791 que les représentants de 34 communes du Comtat Venaissin se rassemblèrent dans la commune de Sainte-Cécile (aujourd’hui dénommé Sainte-Cécile-lès-Vignes) afin de former officiellement cette association défensive qui décida d’accueillir toutes les autres communes qui souhaitaient y participer. 7 Commissaires de l’Union furent nommés, avec le consentement de n’avoir d’autres intérêts que ceux de la patrie comtadine dans la promotion et le maintien de la paix dans le Comtat Venaissin. L’Union se dota également de pouvoirs propres afin d’employer sur les lieux tous les moyens de transaction et au besoin la force, pour résister à l’oppression de l’ennemi commun. Il fut également décidé d’envoyer un représentant auprès de l’Assemblée nationale française à Paris afin de demander des explications sur le comportement de cette instance et demander une protection pour les droits et la souveraineté des comtadins. Ces tentatives de dialogues furent cependant vaines.

Le 22 mars 1791, l’Assemblée électorale de Vaucluse fit l’émission d’un arrêté qui établissait une force soldée fixée à 1 000 hommes d’infanterie et 300 de cavalerie.

L’Union de Sainte-Cécile prit rapidement de l’importance et dès le mois d’avril 1791, sur les 93 communes du Comtat Venaissin, 60 étaient alors membres de l’Union de Sainte-Cécile. Il est communément admis que sur les 33 communes restantes, plusieurs auraient rejoint l’Union si des détachements français n’avaient pas été présents dans ces communes, notamment proches d’Avignon et dans le Bas-Comtat, près de Cavaillon où des hordes s’étaient installées en bastion après la fuite d’une majorité de la population.

L’attaque des troupes françaises fut retardée par des divisions internes et deux chefs se disputèrent alors le commandement des hordes. Une fois la discorde réglée, plusieurs émissaires de cette armée de français s’en allèrent faire du recrutement au travers tout le Languedoc et la France en promettant de grandes richesses à tous, et plusieurs avantages à ceux qui serviraient dans les rangs de cette armée. Les Confédérés de Sainte-Cécile se préparèrent autant qu’ils pouvaient face au grossissement des rangs de l’armée française.

Au même moment, un certain La Villasse, à la tête d’une horde française semait la panique dans la ville de Vaison et ses alentours, ayant forcé la grande majorité de ses habitants à se réfugier à Valréas. La Villasse commis plusieurs actes de barbarie autour de Vaison et notamment se chargea se faire couper le canal qui servait à faire tourner les moulins de Séguret et alimenter en eau le territoire de cette commune. Après avoir envoyé une lettre de sommation et d’avertissement pour régler le différend de la façon la plus pacifique, les Chefs de l’Union de Sainte-Cécile ne purent laisser impunis ces crimes et les affronts que leur fit La Vilasse.

L’État-Major de l’Union de Sainte-Cécile décida alors de porter secours aux habitants de Vaison et de rendre justice à ceux qui avaient été massacrés par cette horde. Le 14 avril 1791, plusieurs détachements militaires de l’Union de Sainte-Cécile arrivèrent aux portes de la ville de Vaison à la tombée de la nuit. À 3h30 du matin, un détachement s’empara des portes de la ville, un autre de la Maison Consulaire de la ville et un dernier du château occupé par La Villasse à 500 mètres de la maison consultaire. La Villasse est réveillé par les coups de fusil et entrevoit des soldats de l’Union en train de forcer la porte du château qu’il occupe, pris de panique, il appelle à l’aide. Le détachement comtadin de l’Union de Sainte-Cécile entra dans le château et des soldats le sommèrent de se rendre, ce qu’il refusa fermement en insultant le détachement. Alors qu’il tentait de s’échapper par des escaliers dérobés, il est abattu. Le sous-commandant de La Villasse, averti par le tumulte et par plusieurs de ses hommes, se barricada dans une maison proche de la maison consulaire. Un autre détachement de l’Union de Sainte-Cécile enfonça la porte de la maison et se retrouva face au feu de l’ennemi. Après avoir abattu plusieurs hommes, ils retrouvèrent le sous-commandant de La Villasse dans la cave, armé d’un pistolet et d’un sabre. Il menaça les hommes qui s’approchent de lui avec une proposition de reddition. Finalement, il fit feu et blessa un homme du Détachement de l’Union, en réaction, les autres soldats firent feu et l’abattirent. Les autres hommes de l’armée de La Vilasse s’enfuirent alors dans la nuit, tandis que les habitants qui avaient fuient retrouvèrent leurs biens et leur ville dans les jours qui suivirent le retour au calme.

L’armée française, dite également armée des brigands, finit par sortir de la ville d’Avignon en direction de la plaine comtadine le 18 avril 1791. Cette armée était composée de soldats déserteurs de l’armée française, de brigands français, de contrebandiers et même de soldats réguliers de l’armée française. Elle était composée de près de 7 000 hommes et disposait de 22 canons de différents calibres.

Ce déplacement prévu, mais qui fut soudain agita rapidement le Haut-Comtat et l’Union de Sainte-Cécile s’organisa rapidement en rassemblant près de 3 000 hommes, commandés par des Chefs qu’on décrit souvent comme plein de bravoure. L’armée de l’Union de Sainte-Cécile se dirigea vers Carpentras, alors que l’avant-garde de l’armée française des brigands s’était jetée sur Monteux. L’armée de l’Union se plaça alors au niveau de Sarrians afin d’avoir un accès privilégié à la ville de Carpentras et de surveiller Monteux. La ville de Carpentras fit sortir près de 500 hommes accompagnés par les 6 petites pièces d’artillerie dont disposait la ville, et ce détachement se plaça sur la ligne de Sarrians, sur le flanc gauche de l’armée française des brigands, afin de leur barrer la route de Carpentras. La nuit du 18 avril 1791, l’armée française passa la nuit à Bédarrides et le lendemain s’élança vers Sarrians en passant par Courthézon.

Le 19 avril 1791, l’armée française des brigands s’empara du Château de Tourreau, tout proche de Sarrians et se retrancha dans les environs. L’armée de l’Union de Sainte-Cécile tenta alors une manoeuvre militaire en divisant ses troupes. Tandis qu’une partie de l’Armée comtadine s’avança vers l’ennemi pour arrêter leur afflux, l’autre partie aidée par les hommes postés vers Carpentras se mirent en retrait pour préparer la défense. Il était difficile pour l’armée de l’Union de faire face à une telle armée qui avait la supériorité du nombre et de l’équipement. Leur seule force était d’attendre que les ennemis sortent de leurs postes couverts par des haies et des murailles, afin de les prendre à revers dans une position défensive absolue. C’était cette stratégie que l’État-Major de l’Union de Sainte-Cécile avait initialement choisie. Cependant, les comtadins, exaltés par l’envie de rendre justice et d’en venir au combat face à leur ennemi, dérogèrent à la vision générale de l’Etat-Major. Alors que la grande partie des hommes demandèrent le combat, les Chefs de l’Etat-Major ne purent que s‘y résoudre à regret face à l’enthousiasme et les cris de combat de leurs hommes.

L’armée comtadine attaque par 3 fois les retranchements de l’armée française, mais elle fut repoussée à chaque fois par le feu de leur puissante artillerie. Le Corps de Carpentras s’avança également pour être à portée avec leurs petits canons et malgré les coups que ce Corps envoya, les troupes françaises des brigands ne bougèrent pas de leurs positions. L’Armée comtadine de l’Union de Sainte-Cécile se retrouva désordonnée par la puissance de feu de l’armée française et les hommes firent retraite dans le Haut-Comtat, tandis que le détachement de Carpentras rentra dans la ville. La bataille de Tourreau (appelée aussi bataille de Sarrians) fit beaucoup de morts du côté comtadin.

Après leur victoire, les troupes françaises se ruèrent sur Sarrians et y commirent les pires atrocités possible (pillages, incendies, massacres, viols…). Après cette défaite, beaucoup d’hommes furent désarmés et massacrés pour avoir participé à l’Union de Sainte-Cécile et aux combats.

Le chevalier de Tourreau fut fait prisonnier, sa mère fut massacrée après avoir essayé de prendre sa défense. Plusieurs paysans des alentours du champ de bataille furent égorgés sans aucune forme de pitié. Aux alentours du château de Tourreau, 5 paysans furent sauvagement assassinés tandis qu’une fillette de 10 ans fut égorgée après avoir été violée. Plusieurs centaines de femmes (même enceintes), de jeunes nourrissons et des vieillards de plus de 70 ans furent massacrés par les hommes de l’armée française des brigands dans la journée suivant la bataille de Tourreau. Lorsque les troupes entrèrent dans Sarrians, ils massacrèrent le curé du village qui avait alors fait agiter un drapeau blanc en guise de demande au dialogue, mais les hommes de l’armée française n’eurent aucune pitié et ils massacrèrent ceux qui n’avaient pas réussi à s’enfuir à temps.

Le deuxième siége de Carpentras : la Résistance de l’Union de Sainte-Cécile

La ville de Carpentras résista encore longtemps aux assauts de l’armée française et ne fut jamais réellement prise. L’armée française des brigands encercla la ville en prenant position au Barroux, à Mazan, à Pertuis ainsi qu’à Méthamis. Durant cette période de siège le Comtat fut en état d’occupation et tandis que tous les opposants à l’armée française furent arrêtés où exécutés sans jugement, un nombre très important de comtadins émigrèrent dans les communes françaises voisines du Comtat Venaissin.

Le 23 avril 1791, des sentinelles placées sur les remparts de Carpentras aperçurent de grandes quantités d’hommes et de chevaux se masser à près de 1,5 kilomètres au sud de la ville. Il était possible d’apercevoir des drapeaux français qui s’agitaient et qui ne laissaient pas de doute sur la nature de cette armée qui se regroupait. Les portes de la ville furent fermées et les habitants, bien déterminés prirent tous les armes et se rassemblèrent sur la place publique, avant de prendre position sur les remparts et faire face à l’assaut. Vers 12h, les coups de canon commencèrent à se faire entendre depuis la position de l’armée française et ils continuèrent sans interruption jusqu’à 17h. Plus de 300 boulets de 8, de 12 et de 24 furent lancés sur la ville de Carpentras dans la journée du 23 avril. Une grande partie des tirs furent dirigés contre l’hôpital de la ville qui était situé en dehors des remparts et qui accueillait les nombreux blessés de l’Union de Sainte-Cécile. Les soldats de l’Union retranchés dans Carpentras répondirent à ces coups avec le peu d’artillerie dont ils disposaient encore, mais conservèrent stratégiquement leurs forces. L’armée française pensant que les assiégés n’avaient plus suffisamment de munitions et que leurs bombardements avaient gravement endommagé les forces de l’Union, s’avança vers Pernes, à moins d’un kilomètre de la ville de Carpentras. C’est à ce moment-là, vers 17h30, que plusieurs détachements de l’Union de Sainte-Cécile firent une sortie avec un de leurs plus gros canons, et grâce à plusieurs coups consécutifs et une bonne maitrise du canon, ils firent plusieurs blessés et morts du côté de l’armée française des brigands qui, désorganisés, furent dispersés dans la campagne environnante. Cet événement est communément appelé la bataille de Pernes.

Les mémoires de l’époque racontent que pendant les cinquante jours que dura le deuxième siège de Carpentras, les hommes de l’Union de Sainte-Cécile se distinguèrent par la bravoure et le courage, face aux hommes de l’armée française patriote qui s’illustra par sa lâcheté et ses brigandages. On dit que les patriotes français ravagèrent les campagnes, brulèrent les métairies et tuèrent bon nombre d’innocents civils. Ils enlevaient les chevaux destinés aux travaux d’agriculture, ils faisaient prisonniers des femmes et des enfants qu’ils trouvaient dans la campagnes et forçaient les habitants des fermes à porter les armes contre leurs frères en les exposants aux premiers feux.

Le 25 avril 1791, l’armée française patriote s’élança en direction de Carpentras en passant par Sarrians. Arrivée à Loriol, les troupes françaises patriotes s’élancèrent en direction des remparts de Carpentras, mais cette fois-ci les soldats de l’Union n’attendirent pas l’attaque et ils répondirent par plusieurs coups de canon qui forcèrent les soldats de l’armée française patriote à faire marche arrière et se retrancher derrière des maisons de campagne environnantes. Depuis leurs retranchements, l’armée française patriote dressa ses batteries de canons et commença a faire feu toute la journée, mais aucun des obus, des boulets et des bombes me causèrent de brèche ou d’incendie dans la ville. À la fin de la journée, ils se retirèrent dans leur camp de Monteux. Cet événement est communément appelé la bataille de la Crosette.

Le 27 avril 1791, l’armée française patriote tente une nouvelle fois une attaque, encore une fois du côté nord de la ville de Carpentras. L’armée de l’Union de Sainte-Cécile avait pris soin de placer deux gros canons aux extrémités nord-ouest et nord-est des remparts et le feu de ces canons blessa plusieurs canonniers français tandis que le reste de l’armée prit une nouvelle fois la fuite en direction de Monteux. Cet événement est communément appelé la bataille Consenas.

Après ces trois échecs, l’armée française patriote affaiblie tenta de couper les vivres de la ville en brulant tous les moulins qu’elle pensait propres à fournir de quoi se nourrir à la ville et coupèrent l’aqueduc qui apportait l’eau potable à la ville. Heureusement, il y avait des moulins proches des remparts que jamais les troupes françaises n’osèrent approcher. Les forces de l’Union de Sainte-Cécile qui restaient à Carpentras, en retour, menèrent plusieurs expéditions grâce à de vaillants détachements pour rétablir les productions, réparer les dégâts laissés par l’armée française patriote et récupérer le contrôle de certains points stratégiques. Le peuple entier aida à ces tâches de rétablissement de la paix. Des détachements entiers de l’Union de Sainte-Cécile furent déployés pour assurer et protéger les récoltes, mais également pour les porter en toute sécurité jusqu’à Carpentras. Les munitions abandonnées et les boulets de canon tirés furent ramassés par les habitants et entreposés pour être réutilisés. Les femmes et même les enfants aidèrent grandement à ce grand effort collectif.

Le 6 mai 1791, l’armée française patriote s’avança vers l’est de la ville, et se positionna dans un champ qui dominait la ville et que l’on appelle la Gardi, à 2 kilomètres des remparts de la ville. Les forces de l’Union, prévoyant cette attaque avaient fait placer plusieurs pièces d’artillerie sur les remparts Est. Très rapidement, l’armée française fut mise en déroute après avoir considérablement endommagé ses forces. L’armée française fut contrainte de prendre une autre position et ils ne commencèrent à faire feu que dans le début de l’après-midi. L’Union riposta de manière proportionnée aux tirs de canons français qui étaient moins soutenus que d’habitude. Révoltés par les pillages et les maisons que faisaient bruler les hommes de l’armée française patriote au loin, l’Union forma un détachement qui s’élança en dehors de la ville. Par chance, l’armée française patriote manquait de munitions et vers 14h30 lorsque le détachement s’élança vers les troupes française, s’engagea pleinement la bataille de la Gardi. Cette bataille fut meurtrière pour les forces françaises patriotes qui laissèrent beaucoup de morts et de blessés sur le champ de bataille. Le détachement poursuivit les soldats français jusque dans leur retranchement et les forces de l’Union n’eurent à déplorer qu’un seul mort et quelques blessés lors de cette victorieuse contre-offensive.

Le rassemblement de l’Union et l’annexion du Comtat Venaissin

Après ces diverses batailles et l’incroyable résistance de Carpentras, l’Union de Sainte-Cécile désordonnée par sa défaite lors de la bataille de Tourreau, se rassembla de nouveau sous l’impulsion de Carpentras et de Valréas. Une armée de plus de 12 000 soldats fut levée et deux corps d’armée furent formés. Le premier corps d’armée avait pour point de ralliement Brantes, tandis que le deuxième avait pour point de ralliement la Tour-de-Saban. L’objectif de l’Union de Sainte-Cécile était alors de s’emparer de la majorité des territoires sous contrôle de l’armée française patriote, avant de s’élancer en direction du camp de Monteux.

Dans la nuit du 10 au 11 juin 1791, le corps d’armée de Brantes s’empara du Barroux lors de la bataille du Barroux et s’empara de deux pièces de canons tandis qu’elle fit près de 30 prisonniers de l’armée française patriote. Le 12 juin 1791, le même corps d’armée de l’Union s’empara de Caromb, Mazan, Malemort, Saint-Didier et Aubignan sans trop de difficulté puisque les soldats de l’armée française patriote positionnés dans ces villes fuirent face à l’arrivée de l’Union de Sainte-Cécile. Plusieurs batailles éclatèrent également entre les deux armées, à Cavaillon et à Gigondas. Les combats furent par la suite du mois de juin moins intense suite aux promesses des émissaires français venus pour « rétablir la paix ». Le 29 juin finalement, l’armée française patriote se retira de la ville de Monteux pour revenir à Avignon, où l’armée patriote fut dissoute.

Le Comtat était alors dépeuplé de ses habitants, et beaucoup de partisans de l’Union de Sainte-Cécile et de l’indépendance du Comtat Venaissin avaient été massacrés ou fait prisonnier lors de l’été 1791 et avant. Dès lors le stratagème français fut de mettre tout en oeuvre pour annexer au plus vite le Comtat Venaissin. C’est dans cette lignée que fut convoquée une assemblée à Bédarrides, le 18 août 1791, rassemblant des patriotes français qui s’autoproclamèrent représentants du peuple et des communes du Comtat Venaissin, puis qui décidèrent de rattacher le Comtat Venaissin à la France.

L’Union de Sainte-Cécile ne fut jamais dissoute et les actes de résistances perdurèrent encore longtemps dans le Comtat Venaissin.

Les communes qui rejoingnèrent l’Union de Sainte-Cécile (Membres, sympathisants)
  • Aubignan
  • Le Barroux
  • Le Beaucet
  • Beaumes
  • Beaumont
  • Bédarrides
  • Bedoin
  • Blauvac
  • Bollène
  • Bonnieux
  • Le Bouchet
  • Brantes
  • Buisson
  • Cabrières
  • Caderousse
  • Cairanne
  • Caromb
  • Carpentras
  • Caumont
  • Cavaillon
  • Cheval-Blanc
  • Crestet
  • Crillon
  • Entrechaux
  • Entraigues
  • Eyrolles
  • Faucon
  • Flassan
  • Gadagne
  • Grillon
  • Javon
  • Jonquerettes
  • Lafare
  • Lagarde-Paréol
  • Lagnes
  • Lamotte
  • Lapalud
  • L’Isle-sur-la-Sorgue
  • Loriol
  • Malaucène
  • Malemort
  • Maubec
  • Mazan
  • Ménerbes
  • Méthamis
  • Modène
  • Mormoiron
  • Mornas
  • Oppède
  • Pernes
  • Les Pilles
  • Piolenc
  • Puyméras
  • Rasteau
  • Richerenches
  • Roaix
  • Robion
  • Rochegude
  • Lagnes
  • La Roque-Alric
  • La Roque-sur-Pernes
  • Rousset
  • Sablet
  • St Didier
  • St Saturnin
  • Saint-Léger
  • Saint-Pantaléon-les-Vignes
  • Saint-Pierre-de-Vassols
  • Saint-Romain-en-Viennois
  • Saint-Roman-de-Malegarde
  • Sainte-Cécile-les-Vignes
  • Sarrians
  • Saumanes
  • Savoillan
  • Séguret
  • Sérignan
  • Serres
  • Solérieu
  • Sorgues
  • Les Taillades
  • Thouzon
  • Le Thor
  • Tulette
  • Uchaux
  • Urban
  • Vacqueryras
  • Vaison
  • Valouse
  • Valréas
  • Vaucluse (Fontaine-de)
  • Vaux
  • Vedènes
  • Velleron
  • Venasque
  • Villedieu
  • Villès
  • Le Visan
Drapeau de guerre de l’Union de Sainte-Cécile

Sources :

  • Anonyme, « Mémoire de la révolution d’Avignon et du Comtat Venaissin », Volume 1, 1793.
  • Pierre Victor Malouet « Opinion de Malouet sur la réunion proposée du Comtat Venaissin à la France ».
  • Charles Soullier, « De la révolution d’Avignon et du Comtat Venaissin, en 1789 et années suivante », Volume 1, 1844.

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer